Charlotte Reymond
Charlotte Reymond nous a donné rendez-vous à Torcy, en Seine-et-Marne, où elle vit et travaille. Elle est arrivée dans le département après avoir grandi en Seine-Saint-Denis. Et c’est là, désormais, qu’elle se sent bien.
La langue des signes française (LSF) puis devenir interprète, pour elle, c’est le fruit du hasard. Après un bac S, option mathématiques, elle se lance d’abord dans des études scientifiques. « Mais je me suis vite ennuyée, ce n’était pas fait pour moi. »
Alors qu’elle réfléchit à ce qu’elle voudrait vraiment faire, elle rencontre une personne qui travaille dans la langue des signes. Par curiosité, elle lui demande ce qu’elle fait, et cette dernière lui répond qu’elle veut devenir interprète. Devant son intérêt, son interlocutrice lui conseille de prendre des cours de LSF pour voir si cela lui plaît. « Je me suis inscrite au premier niveau et… je ne suis jamais partie. »
Nouvelle réflexion : « Apprendre une langue, c’est bien, mais il faut en faire quelque chose, et pour moi, le métier d’interprète était inatteignable. »
En attendant, elle s’inscrit en licence sciences du langage. Les deux premières années, elle étudie à la Sorbonne Nouvelle, puis, pour la troisième, elle se tourne vers l’université de Rouen, qui propose une option LSF.
Après sa licence, elle devient auxiliaire de vie scolaire. « J’ai accompagné un jeune sourd. Je l’ai suivi tandis qu’il préparait puis passait le bac, c’était une de mes meilleures expériences professionnelles. »
Puis, un gros changement dans sa vie personnelle et un retour chez ses parents la poussent à tenter sa chance pour le concours d’interprète, en se disant qu’elle n’a rien à perdre. Et elle le réussit !
« J’ai adoré la formation et la période de stage. Et puis, j’ai eu mon diplôme. Finalement, ce n’était pas si inatteignable que ça. »
Après son master en poche, en 2014, les débuts dans le métier ne sont pas simples. « J’ai été embauchée dans un service plutôt axé social, avec un SAVS. Au tout départ, juste en sortant du diplôme, ce n’était pas une bonne idée, parce que le côté social, en plus de l’interprétation, avec un diplôme encore frais, ça faisait trop de choses à gérer pour moi. »
Au bout de six mois, elle quitte son emploi et « se promène » entre différentes structures, en France et en Suisse.
De retour à Paris, elle travaille pour l’Aris (un service d’interprètes) pendant trois ans, jusqu’à sa fermeture, puis se lance comme auto-entrepreneure. « Comme tous mes collègues de l’Aris étaient partis en auto-entrepreneur, je bénéficiais déjà d’un gros réseau de contacts, donc ça a été assez facile de démarrer. »
Aujourd’hui, elle travaille à mi-temps chez Rogervoice (depuis deux ans), une plateforme d’interprétation en visio, à distance, et à mi-temps pour des missions indépendantes, notamment pour l’Agence i LSF. Elle y trouve un certain équilibre.
Grâce de ses douze années d’expérience, elle se sent désormais plus à l’aise dans sa pratique : « Il y a toujours du challenge. On est humains, donc il y a une possibilité d’erreur, mais oui, on se détend au fur et à mesure. Au départ, on arrive très stressé en intervention. Maintenant, c’est plus détendu. Au fur et à mesure, on connaît les clients, on connaît les collègues, donc ça facilite aussi beaucoup les choses. »
Dans ce métier, elle aime « la forme de la langue déjà en elle-même, son mode d’expression visuel ». « C’est bien de pouvoir s’exprimer avec son corps. À la base, je suis extrêmement timide, et c’est vrai que ça m’a aidée personnellement aussi à pouvoir parler devant des gens. »
Curieuse de nature, elle apprécie aussi que son métier lui permette d’apprendre en permanence, notamment lorsqu’elle exerce à l’université, et de pouvoir accéder à des lieux où elle ne serait « potentiellement jamais » allée autrement.
Elle garde en mémoire le souvenir d’une formation en entreprise :
« C’était un peu comme un team building et cela ressemblait à une formation de théâtre. Le formateur était très fun et, sans nous sortir de notre rôle d’interprète, il nous a intégrés à la formation. On a ri toute la journée. Ce type de situations, quand le formateur comprend vraiment ce qu’on fait et utilise ça dans sa formation, c’est vraiment agréable. Cela reste un excellent souvenir. »
D’autant, ajoute-t-elle, que tout le monde n’a pas la même ouverture d’esprit. « Souvent, les gens ne comprennent pas pourquoi nous sommes là, quel est notre rôle », confirme-t-elle. Elle donne un exemple : « Je traduisais les vœux d’un maire. À la fin, une personne dans le public est venue nous voir et nous a dit qu’on le gênait : “Pourquoi vous gesticulez comme ça sur le côté de la scène ?” »
Côté loisirs, elle se décrit comme fan de séries télé, en particulier de science-fiction ; elle cite Doctor Who ou The X-Files. « Je vais passer pour une geek ! ».
Elle a aussi une passion plus inattendue : les montagnes russes. « J’aime la poussée d’adrénaline et la vitesse, même si j’ai le vertige. C’est peut-être lié, d’ailleurs. Cela peut sembler contradictoire, mais j’aime bien repousser mon vertige de temps en temps. » Sa dernière attraction coup de cœur ? Taron, au parc Phantasialand, près de Cologne.
Pour l’avenir, elle reconnaît ne pas avoir de certitudes : « Je ne suis pas forcément sûre que je serai interprète jusqu’à la retraite, parce qu’il y a beaucoup de choses qui m’intéressent, donc peut-être que je me laisserai tenter par un autre sujet à un moment de ma vie. » Mais, conclut-elle : « Pour l’instant, je suis bien là où je suis et je me sens bien poursuivre comme ça. Les collègues sont sympathiques, ça se passe bien, donc on continue. »

